Le harcèlement moral… en alternance !

Si on entend parfois parler du harcèlement moral dans les entreprises pour les salariés, celui-ci est malheureusement tout autant réservé aux étudiants, notamment ceux qui misent sur l’alternance. Si ce type de contrat de travail constitue une porte d’entrée intéressante pour les étudiants, notamment en matière d’acquisition d’expérience professionnelle comme de savoir-faire, c’est aussi un premier pas vers des litiges dignes du salariat.

La première fois que j’ai entendu parler de cette manigance, c’est par deux étudiants qui, après quelques mois seulement dans l’entreprise qui les avait acceptés pour leur contrat d’apprentissage, ont subit un harcèlement moral qui n’était que le haut de l’iceberg d’une volonté de leurs employeurs respectifs (il s’agissait de deux entreprises distinctes) de rompre leurs contrats.

Le concept de la manigance

Quel intérêt commun ces employeurs avaient-ils de se comporter ainsi ? Celui de recourir à de la main-d’oeuvre pas chère, évidemment. Ainsi, au lieu d’avoir un étudiant durant 2 ans, le stratagème leur permettait de le licencier au bout de six mois, prétextant au centre de formation la mauvaise volonté du jeune, puis d’en reprendre un autre, future victime du même jeu pervers. Ce jeu fonctionne 2 ou 3 fois de suite et leur permet ainsi d’économiser sur plusieurs mois de bas salaires, avant de le calmer quelques temps pour éviter de perdre leur crédibilité. Pour mieux recommencer la même manigance ultérieurement.

Un jeu rendu possible parce que le nombre d’entreprises recrutant des jeunes en alternance est limité et les centres de formation font avec ce qu’elles ont à leur disposition.

Au final, l’étudiant n’ayant plus d’entreprise a soit la chance d’en retrouver une rapidement soit doit arrêter en cours de route sa formation, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer sur sa motivation.

A la même époque, j’avais également eu un écho similaire (via un centre de formation) pour plusieurs étudiants qui s’étaient plaints du même comportement. Ce n’était donc pas un ou deux cas isolés. Malheureusement, ce genre de pratique semble persister encore maintenant.

Les recours

Nul doute que, même sans être licenciés, certains d’entre eux auraient pu finir par quitter d’eux-mêmes leur entreprise, à force d’entendre hurler leur incompétence par l’employeur, ce qui est une solution à éviter absolument pour ne pas perdre ses droits : c’est un contrat de travail à durée déterminée et il faut donc penser comme pour un salarié.

Les alternatives sont plutôt limitées, même avec le conseil des prud’hommes car cela ne résoudra pas le litige :

  • le but premier est de retrouver rapidement une autre entreprise (sous 3 mois me semble-t-il)
  • leur réactivité peut être (trop) longue compte tenu des délais
  • voire inutile si l’entreprise est en liquidation judiciaire
  • et comment espérer continuer à travailler dans une entreprise qui ne veut plus de vous ?

Il s’agit donc d’anticiper sur le risque de tomber sur un employeur peu scrupuleux :

  • ne pas s’engager si on a le moindre doute sur la solidité et le sérieux de l’entreprise
  • si possible user de toutes les ressources nécessaires pour trouver des retours d’autres étudiants
  • et s’y prendre très très à l’avance !

Evidemment, si vous connaissez un salarié de cette entreprise, cela constituera un gros plus.